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Résumé

Dernier volet de la résidence de Kazem Shahryari au théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, écrit durant l’été 2008. Cette aventure d’écriture répond à son désir profond de prolonger ses recherches sur la place des femmes dans nos sociétés européennes.

Ce projet se situe dans la continuité de « Départ et Arrivée », partition théâtrale écrite par l’écrivain irlandais, Dermot Bolger, et Shahryari, qui s’attachait à croiser les destins de deux jeunes femmes, l’une irlandaise et l’autre kurde. Le Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine avait été partie prenante de ce chantier d’écriture. Gérard Astor, son directeur, a proposé à Shahryari une résidence de 3 ans à Vitry pour lui permettre de poursuivre son travail d’écriture sur des destins de femmes, tout en gardant l’idée initiale d’ancrer ce travail dans une dimension européenne.

Shahryari a proposé un titre pour cette nouvelle expérience : « Couleurs de femmes ». Le premier volet qu’il a écrit et mis en scène en 2007 s’appelait « Couleurs de femmes l’été ». Le deuxième volet s’intitule « L’automne précoce ».


L’Automne Précoce

Résumé de la pièce

La pièce est un va et vient entre passé et présent dans un même appartement d’une tour de banlieue. Le destin d’une jeune fille du passé, Leila, passionnée de danse, croise celui d’une jeune femme enceinte, du présent, Lola. Passé. Leïla doit abandonner la danse, sa raison de vivre pour se marier. Mais son corps refuse sa décision. Présent. En faisant escale dans cet appartement, Lola se réapproprie son histoire en suturant le passé et le présent à l’aide d’une gardienne bourrue, Jeannine, et d’un homme noir phénoménal, Africa…

Première partie : Hors les murs.

Les différentes scènes s’appellent « indices »

Quatre arbitres assis sur des murs se relaient des informations sur une scène dont seul le premier arbitre est témoin direct. De banale, la scène décrite devient macabre. En effet, une femme est assassinée et, de son corps mort, renaît une autre femme qui, à son tour, est assassinée… Les curieux sont devenus voyeurs et cela leur est insupportable. Les deuxième, troisième et quatrième arbitres quittent les murs tandis que le premier arbitre se suicide…

(1er au 6ième indice)

Deuxième partie : Dans les murs.

Les différentes scènes s’appellent « sutures ».

Définitions du mot « suture » : jonction entre passé et présent, réparation, en psychanalyse, zone limite entre deux aspects ou tentative d’abolition du manque.

Entre chaque changement de scènes, apparaissent les ombres des arbitres de la première partie qui sautent dans le vide l’un après l’autre. Le premier Arbitre saute de son mur (le mur du fond), le deuxième prend sa place et saute... puis le troisième... puis le quatrième...

1) Intérieur, passé.

Dans les murs d’un appartement d’une tour de banlieue. Va et vient entre passé et présent.

Le bruit d’une rupture. Une pause. On entend le bruit de petits coups de marteau sur les murs du fond. Petit à petit la lumière côté jardin éclaire une jeune fille, Leïla, qui, sur un lit d’une personne, dort d’un sommeil agité. Son corps se lève laissant une deuxième Leïla sur le lit. Elle a toutes les parties visibles de son corps bandées, les mains et les avant-bras, les pieds et les jambes. Elle se déplace dans l’espace en parlant avec elle-même, songeuse…

Leïla est une jeune fille dont la raison de vivre est la danse. Sa famille veut lui interdire d’assouvir sa passion et la marier de force à un jeune homme, Moa.

On retrouve le couple marié le soir de sa nuit de noces… Leïla s’est enfermée dans une armoire de sorte que Moa son jeune époux ne puisse pas l’ouvrir… Ils se parlent… Pendant dix jours, ils se parlent à travers la porte close… Le corps de Leïla se désintègre petit à petit tandis que Moa se replie sur lui-même… jusqu’à sa disparition par la fenêtre… Pendant dix jours, les bribes de l’histoire de Leïla envahissent l’appartement… Sa mère, sa tante, sa sœur, son père. (1ère suture)

2) Intérieur, présent.

La gardienne de l’immeuble, Jeanine, entre dans l’appartement avec Lola, jeune femme enceinte. Lola vient récupérer certaines affaires importantes de son compagnon, chercheur en pharmacologie, immigré au Canada. Lola se retrouve dans le bâtiment juste sous l’appartement où ses parents ont vécu jusqu’à la disparition de son père par la fenêtre…

Sous ses dehors bourrus, Jeanine essaie de persuader Lola de ne pas rester dans cet appartement maudit. De fil en aiguille, elle découvre l’identité de la jeune fille dont elle connaissait les parents. Lola refuse de partir. Elle veut habiter momentanément dans cet appartement jusqu’à son départ pour le Canada.

(2ième suture)

Lola et la gardienne quittent la scène, le temps pour Lola d’aller récupérer ses affaires dans la voiture et boire un café dans la loge de Jeanine.

3) Intérieur, passé.

On découvre Leïla et sa petite sœur, Nali, dans un jeu de rôles puis leur père, leur tante ainsi que leur mère qui dévoilent leur projet pour Leïla. On découvre l’amour de Leïla pour la danse et l’opposition que cet amour rencontre chez ses parents.

(3ième à 5ième sutures)

4) Extérieur, présent.

Dans la cité, Lola rencontre un homme insolite, l’homme noir suspendu, Africa. Personnage en marge, il a une mémoire phénoménale de sa propre histoire, celle de son grand-père, mitrailleur sénégalais, et de l’histoire de la cité.

Lola et Africa s’attachent l’un à l’autre. Africa porte les valises de Lola jusqu’à son appartement. (6ième suture)

5) Intérieur, passé.

Avant l’arrivée de Lola et d’Africa. La famille de Leïla avec à sa tête, la tante Mali, marieuse expérimentée, organise le mariage de Leïla à son insu. Mais la nouvelle parvient à Leïla par l’intermédiaire de sa petite sœur.

(7ième à 10ième sutures)

6) Intérieur, présent.

Le soir est tombé. L’appartement est dans la pénombre. Lola et Africa entrent dans l’appartement. Africa ressent des vibrations étranges et se met à réciter, en les martelant, les évènements tragiques du mois d’août dans le monde. Lola constate qu’il n’y a pas d’électricité. Elle cherche le tableau électrique tandis qu’Africa a peur de plus en plus… Malgré tout, il réussit à ouvrir les rideaux… Grâce à la lumière pâle de la lune dans la cuisine, ils peuvent ainsi rechercher l’armoire électrique… Lola qui vient de trouver une boîte d’allumettes suggère l’aide de la gardienne. On découvre qu’Africa a très peur de cette femme qui le traite de « sale menteur noir » parce qu’il est noir de peau… tandis que, avec le compte à rebours d’Africa, Lola allume l’une après l’autre ses allumettes… nous découvrons une fois de plus le don extraordinaire et l’esprit complexe d’Africa… ceci jusqu’à la dernière allumette… Il ne reste aucune autre solution que la gardienne… et comme Africa a peur de cette « méchante » femme, Lola décide d’y aller… Africa la suit… Noir (11ième suture)

7) Intérieur, passé.

Moa, qui ne sait toujours rien de Leïla, sait qu’elle lui glisse entre les doigts et pour toujours… Désemparé et impuissant, il voudrait pouvoir reculer le temps… Sans succès. Il traverse l’espace, s’arrête devant un miroir, regarde son image, marche à un rythme régulier vers le fond et traverse la fenêtre. (12ième suture)

8) Intérieur, passé.

Dans son imagination puis réellement Leïla retrouve sa petite sœur Nali qui nous conduit à leur père et ses amusants jeux de mots à n’en pas finir. Enfin, le père et sa fille Leïla se retrouvent seuls pour prendre une décision face au dilemme de l’amour et du mariage. Leïla est convaincue de son choix entre la vérité et le mensonge, pourtant elle cède… « Un seul mot de toi me suffit » Son père attrape la perche et lui dit « Marie-toi ». Leïla accepte mais son corps, lui, refusera et la tragédie sera jouée. (13ième suture)

9) Intérieur, présent.

Lola, la gardienne et Africa reviennent avec une lampe. La gardienne insiste pour que Lola aille dormir chez sa mère cette nuit et revienne le lendemain en plein jour pour rassembler les effets de son ami, Lola refuse et lui demande de lui vendre toutes ses bougies… La gardienne embarrassée accepte et propose qu’Africa l’accompagne à sa loge pour qu’elle lui remette des bougies. Ils quittent l’appartement. Lola reste seule. Lola déplace les cartons, essaie de lire leur contenu noté sur chaque carton. Essoufflée, elle fait de temps en temps une pause, s’assoit puis reprend. Elle a soif. Elle ouvre le robinet et cherche un verre qu’elle ne trouve pas. Elle éclaire toute la pièce en vain… Elle fixe la porte de l’armoire, elle va l’ouvrir. Elle essaie d’une seule main sans succès. Elle dépose la lampe par terre. Mais la direction de la lumière ne lui convient pas. Elle cherche un endroit en hauteur qui corresponde à celle de la poignée de l’armoire. Elle y dépose la lampe et se dirige vers l’armoire. Un coup de vent fait s’entrouvrir la fenêtre et la porte se ferme violemment. Lola sursaute et se retourne. Seule Lola est éclairée par la lampe. Elle se précipite pour attraper la lampe mais la lampe tombe et s’éteint…. Tout est dans le noir. Lola se met par terre et cherche la lampe. Le bruit d’une rupture. Une pause. On entend le bruit de petits coups de marteau sur le plafond et puis sur les murs. Lola panique et soudain est prise de contractions. Elle répète en morse les tempos qu’elle reçoit de son enfant, sans en connaître la signification. Africa revient avec des bougies. Il frappe à la porte mais Lola ne l’entend pas. Il retourne chercher la gardienne qui revient avec son passe.

Ils retrouvent Lola dans un état de panique. La gardienne décide de rester avec Lola et lui raconte l’histoire de Leïla dans cet appartement. Les contractions de Lola s’accélèrent. Elle met au monde son enfant dans les toilettes assistée de Jeanine, la « méchante » gardienne, tandis que l’homme noir suspendu, Africa, fait des va et vient, totalement désaxé, répétant les tempos en morse.

TI TA _ TA TA _ TATATA _ TI TI TA _ TI TA TI _
TI TA TA TI _  TA TA TA _ TI TI TA _ TI TA TI
TA _  TA TA TA _  TI TI _
TI TI TI TA TI TA

Le téléphone sonne. C’est l’ami de Lola, le père de l’enfant… pendant cette scène dans les toilettes apparaît Leïla… Elle traverse la scène et en sort par la porte d’entrée… « Je suis légère comme une pluie suspendue dans les fils d’un nuage gris et sous le regard de la mer, je balaie de tout mon être transparent la belle tapisserie mouvante sous mes pas de danse. Les jours s’égrèneront comme des perles scintillantes dans leur coquille au fond de la mer en paix. »… Pendant les conversations entre la gardienne et Lola, entre la gardienne, Lola et son ami qui appelle du Canada, et sur les tempos incessants d’Africa en morse, les portes du placard (où s’était enfermée Leïla) s’ouvrent très lentement sur une jeune fille étrangère avec des habits vétustes et un baluchon… une réfugiée rom. Elle tombe nez à nez avec Africa. On peut deviner, d’après leur attitude, qu’ils se connaissent. Africa lui fait signe de faire silence et lui montre la porte de sortie. La jeune fille lui parle avec des signes et le remercie. Africa lui demande ce qu’elle faisait ici. La jeune fille répond que ça fait très longtemps qu’elle squattait ce lieu. La jeune fille quitte l’appartement. Africa, L’homme noir suspendu reprend sa chanson en morse…

TI TA _ TA TA _ TATATA _ TI TI TA _ TI TA TI _
TI TA TA TI _  TA TA TA _ TI TI TA _ TI TA TI
TA _  TA TA TA _  TI TI _
TI TI TI TA TI TA
Ce qui signifie :
 AMOUR
 POUR 
 TOI 
 FIN D’ÉMISSION

Leïla en présence de sa petite sœur danse sur la "Mélodie de la pluie" et Harold en Italie II : Marche des pèlerins (Hector Berlioz) dernier mouvement...

Avec Kazem Shahryari, « obligatoirement autour d’une femme, il y a un avenir ». Dans « L’automne précoce », entourée d’étrangers, Lola accouche prématurément tandis que la mémoire de Leïla, « du sommet d’une haute montagne, s’envole avec les aigles royaux en voyant la grandeur de la vie et sa fortune féconde ».


l’Art Studio Théâtre - Adresse postale : 299 rue de Belleville, 75019 PARIS (ast@artstudiotheatre.org)

Entrée par : 120 bis rue Haxo, M° Télégraphe ou M° Porte des Lilas (Paris 19e) - Tel : 01-42-45-73-25



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